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FOCUS SUR LE JATROPHA CURCAS OU TABANANI EN WOLOFF



FOCUS SUR LE JATROPHA CURCAS OU TABANANI EN WOLOFF
Jatropha Curcas ou Tabanani

Dans un contexte de changement climatique et l'instabilité des cours du pétrole, le recours à des énergies alternatives est très attendu. Le jatropha curcas (tabanani en Wolof) est le meilleur biocarburant de deuxième génération dont son rendement en huile est bien supérieur à celui du colza, du tournesol ou du soja. Les graines de jatropha contiennent environ 35 % d’huile non comestible.

Jatropha l’or vert en tant que biocarburant

L’énorme avantage écologique de jatropha curcas dans la perspective d’une production en masse de carburants verts est que sa culture en zone aride n’entre pas en compétition avec les cultures alimentaires ou les forêts. La culture de jatropha curcas, plante qui peut pousser dans des conditions difficiles, a un intérêt pour les populations isolées et défavorisées dans les pays en voie de développement qui ne peuvent pas acquérir des panneaux photovoltaïques pour produire de l’électricité. Avec cette huile, ces populations peuvent alimenter un groupe électrogène, produire du froid (réfrigérateur) pour la conservation des médicaments et des aliments, alimenter un ordinateur pour avoir accès à l’information et ainsi réduire la fracture numérique etc….

L’huile peut aussi servir à alimenter le moteur d’une pompe à eau ou d’une plateforme multifonctionnelle. Ceci permettra de réduire les disparités entre les villes et les campagnes. L’utilisation de ce biodiésel offre des avantages non négligeables, car les caractéristiques de cette huile sont très proches de celles du diesel et le rendement d’une plantation de Tabanani est très intéressant : il peut atteindre 1900 litres d’huile/ha sans irrigation, contre en moyenne 572 l/ha pour le colza, 662 l/ha pour le tournesol, 446 l/ha pour le soja. Aussi bien dans le domaine de l’automobile comme dans l’aviation civile ou militaire, les moteurs ne sont pas changés et les rendements sont très conséquents.

Application dans l’automobile


L’huile extraite des graines de jatropha produit une huile qui peut être utilisée après raffinage par un véhicule diesel standard. Les résidus peuvent être utilisés soit par une centrale électrique fonctionnant à partir de biomasse, soit comme engrais naturel épandu sur les champs. Une étude récente et concluante menée par Daimler AG sur trois voitures Mercedes fonctionnant à l’huile de jatropha ont déjà parcouru 30 000 kilomètres.

Application dans l’aviation civile


Des biocarburants dits de deuxième génération sont développés pour se substituer, au moins partiellement, au kérosène. Un premier Vol d'essais a eu lieu le 30 décembre 2008 sur un Boeing 747-400 d'Air New Zealand dont un des réacteurs RB211 a été alimenté avec 50% de Jet-A1 et 50% de carburant à base de Jatropha curcas. Il a été suivi d'un autre le 7 janvier 2009 sur un Boeing 737-800 de Continental Airlines dont un des moteurs CFM56-7B a été alimenté par un mélange de moitié de kérosène traditionnel et pour moitié d'huiles de jatropha et d'algues. À chaque fois, les mélanges se sont comportés sans altérer le fonctionnement des moteurs, sinon une légère baisse de consommation de 1 à 2%. Un troisième essai est prévu avec un Boeing 747-300 de Japan Airlines équipé de moteurs Pratt & Whitney JT9D, dont un alimenté avec un mélange de 50% de kérosène et 50% de cameline (« lin bâtard »), de jatropha et d'algues.

L'objectif est d'obtenir la certification de ces mélanges en 2010 et de biocarburants purs en 2013. Le carburant à base de jatropha présente un point d'éclair à 46°, contre 38° pour le Jet-A1, avec une énergie de 44,3 MJ/kg (contre 42,8 MJ/kg pour le Jet-A1), son principal avantage étant d'émettre 75% de gaz carbonique de moins que le kérosène sur l'ensemble de son cycle de vie (incluant le CO2 absorbé par les plantes dans leur croissance), pour un prix de revient de 80$ le baril.

Impact Environnemental & Social

Etant un solvant léger, il nettoie et maintient propres le réservoir, les conduits et le système d’injection des véhicules. Même à faibles concentrations, réduit l’usure du moteur en raison de son onctuosité (le pouvoir lubrifiant du carburant) qui est de beaucoup supérieur à celle du pétrodiésel. Goldman Sachs a récemment cité jatropha curcas comme un des meilleurs candidats pour la future production de biodiesel. Malgré son abondance et les utilisations comme huile végétale et plante régénératrice des sols, aucune des espèces de jatropha n’a été pleinement domestiquée. Par conséquent, la productivité est variable et l’impact à long terme de son utilisation à grande échelle sur la qualité des sols et l’environnement est inconnu.

Si le jatropha était planté sur 3% de la surface de l’Afrique, les retombées financières seraient de plusieurs dizaines de milliards d’euros.
En Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, l’exploitation des terres et des populations locales défavorisées par de grandes compagnies multinationales qui vendent l’huile de jatropha aux U.S.A ou en Europe est un non-sens total sur le plan social et écologique (voir le rapport de Mr Ziegler).

Agit positivement sur la croissance économique et la création d’emplois à l’échelle régionale, particulièrement dans les collectivités rurales auxquelles il offre de nouveaux débouchés et occasions de marché. Il est évident que la mise en place d’une importante industrie du biodiesel créerait de nombreux débouchés pour les agriculteurs, ainsi que des emplois liés à la construction et aux opérations dans les usines de production. Un impact positif sur la santé publique, par la réduction de beaucoup des émissions de particules et autres polluants qui constituent une menace pour la santé des enfants, personnes âgées et des personnes qui souffrent de maladies respiratoires. Son impact est réel et la découverte de ce nouvel atout séduit donc les pays en voie de développement, il stimule quatre aspects principaux du développement en Afrique :

- Lutte contre l’érosion et l’amélioration des sols
- Promotion des femmes
- Réduction de la pauvreté et des GES (gaz à effet de serre)
- Energie renouvelable

Utilisations & Bienfaits

Les vertus de cette plante sont connues pour soigner certaines maladies comme l'asthme, la tuberculose, la lèpre et certains problèmes rénaux. Les feuilles de cette plante permettent à la femme qui allaite d'avoir plus de lait. Traditionnellement utilisé pour la fabrication d’huile pour l’éclairage, la fabrication du savon, de bougies, pesticide naturel. Bien plantée, une haie de jatropha curcas peut servir de par feu à cause de la quantité d’eau contenue dans la plante. En outre, étant donné ses propriétés répulsives, elle n’est pas mangée par les animaux, qui fuient même le contact, raison pour laquelle elle est couramment utilisée pour la protection des cultures vivrières.

Les graines de jatropha (tourteaux) sont très toxiques du fait de leur teneur en curcine, une protéine proche de la ricine. Les tourteaux doivent donc être détoxifiés pour pouvoir être utilisés dans l’alimentation animale (avec 55% de protéines et une teneur élevée en acides aminés essentiels, c’est potentiellement un excellent aliment pour les volailles).

Le latex contient un principe actif, la jatrophine, qui semble avoir des propriétés anti-tumorales. Le jus des feuilles fournit une tenture noire indélébile pour le tissu, et l’écorce, un colorant bleu. Capable de pousser à peu près n’importe où, pourvu que la température soit suffisamment élevée. Peu demandeur en eau, il peut pousser sans apport extérieur. Arrosé, il peut produire deux récoltes par an

La détoxification peut se faire de plusieurs façons :

- Inactivation des toxines par chauffage associé à un traitement chimique (NaOH & NaOCI)

- Extraction par réaction avec de l’éthanol ou du méthanol

- Fermentation


Conclusions

Les résultats du programme jatropha à ce jour montre que les chances d’une vulgarisation réussie de ce système sont très élevées, à condition qu’une approche prudente soit adoptée. Pour cette raison, les efforts déjà entrepris par le gouvernement du Sénégal pour tirer profil des plantes à huile peuvent être pris en exemple et utilisés pour élaborer un concept pour la production et l’utilisation des huiles végétales comme carburant qui soit valable pour toute la région du Sahel, et même pour d’autres pays de la sous région. La diversification des cultures par la promotion de nouvelles filières agricole génératrices de revenus et capables de stimuler l’économie rurale, est de plus en plus préconisée comme solution pour stabiliser les revenus des agriculteurs.
Par l’appât du gain, les africains ne doivent pas brader leurs terres au profil des compagnies multinationales, mais surtout veiller à ce que les cultures vivrières ne disparaissent pas pour laisser la place à cette plante miraculeuse. Toutefois, le système jatropha est caractérisé par les nombreux aspects positifs aux plans écologiques, énergétiques et économiques liés à l’exploitation commerciale de cette plante.

Ne serait-il pas prudent d’approfondir des études préliminaires à la fois sur l’utilité de cette plante et sur les risques d’appauvrissement des sols, impact néfaste sur la biodiversité, le déséquilibre des biotopes, et privation des populations locales à des cultures vivrières nécessaires à leur survie ?
Malheureusement, le manque de connaissance sur le niveau et la stabilité de la production en relation avec la variabilité climatique d’une part mais aussi sur son impact socio-économique d’autre part pourrait constituer une contrainte majeure à la réussite de ces programmes.

Si cette plante est exploitée de façon rationnelle, mieux ce sera pour l’environnement, pour la production vivrière et pour le bien-être des populations.